DES IMAGES VIOLENTES À LA VIOLENCE DES IMAGES...

A une représentation classique de la violence où l’image fait office de médiation s’est substitué aujourd’hui un «état naturel de violence». La violence contemporaine est automatique: elle accumule les charges successives sans aucune interruption ni un véritable sentiment de gradation. 

On se trouve ainsi face à une violence déréglée, aveugle, sans discernement. Un champ de bataille sans limites, sans marquage au sol, ni repères, un monde manifestement sans règle du jeu, sans code partagé par les communautés, par les différentes parties qui prennent part au combat.

A l’origine d’une image violente, il y a toujours un auteur. La violence d’une image n’implique-t-elle pas un rapport tout d’abord entre l’émetteur, celui qui fabrique cette image, et l’objectif qu’il se donne, c’est-à-dire les effets qu’il souhaite produire sur le spectateur?
Mais aussi son propre rapport à la violence? La représentation qu’il a de la violence? Ensuite il y a celui qui reçoit cette image: le récepteur. Quel est son rapport aux images violentes, quelle est sa façon de les percevoir et sa relation à l’autre, aux autres? Bref son propre rapport à la violence? La représentation de la violence de ce récepteur (spectateur) aura une incidence sur ses réactions, sur son éventuel passage à l’acte. Enfin, nous trouvons les codes ou les jeux de la représentation médiatique et leur évolution. Quels changements modifient la représentation de la violence dans les images? Quel décalage entre ce qui se produit, ce qui nous est montré aujourd’hui et ce que nous pouvions voir, il y a encore une dizaine d’années?
La violence de l'image n’est-elle pas multiple, polymorphe? La violence, même de façon implicite, nous le savons depuis longtemps, est omniprésente dans toutes les sociétés. Une scène peut aussi se révéler violente, parce qu’inconnue, choquante, parce qu’étrangère, insensée, culturellement déroutante, parce qu’incompréhensible. Mais n’oublions pas la volonté, délibérée parfois chez certains auteurs, de nous pousser jusqu’au bout de nos retranchements et de nous révéler où sont nos limites du tolérable, de l’acceptable... parce qu’une image peut nous renvoyer à une difficile épreuve personnelle. Ainsi, une situation jugée violente dans une image de fiction par certains ne
le sera pas forcément par tous.

Alors, que faire? Le plaisir du spectateur devant une image, c’est de croire, autant qu’il a envie d’y croire, aux messages qu’il reçoit. Il reste alors, précisons-le, un arrière-plan culturel commun qu’il est délicat de ne pas respecter. Une éthique, des valeurs qui doivent être garanties parce que certains interdits sont fondamentaux, parce que structurant pour l’individu dans son rapport à lui-même et dans ses relations aux autres.
Mais il ne faut pas oublier ceux qui, plus fragiles, pourraient recevoir ces fictions violentes comme autant de réalités. 

Conférence le 13/02/2014 avec Anne Gavarret Docteur en art et sciences de l'art.

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